Une Rencontre.

 Bonjour,

Après plusieurs semaines de discussions avec ma maman, elle m'autorise enfin à sortir en boîte (dancing) le dimanche, de seize heures à vingt heures.

Le dix-neuf décembre 1979, mes amies Yvonne & Graziella viennent me chercher pour aller danser. Le dancing se trouve à quarante minutes à pied de la maison. Cela signifie que je dois quitter la boîte au plus tard à dix-neuf heures quinze afin d'être rentrée à vingt heures.

Si je ne suis pas là à l'heure, la semaine suivante, je ne pourrai plus aller danser.

Trois heures quinze de liberté quand on a seize ans et huit mois, c'est magique. Nous arrivons juste à l'ouverture.

Pendant la première heure, je regarde autour de moi les jeunes gens de plus ou moins mon âge. Mes amies sortent depuis plus d'un an dans cet endroit, tous les dimanches. Au lycée, pendant la semaine, elles me racontent leurs rencontres avec les garçons.

J'étais très envieuse & curieuse de voir tout cela en vrai. Je ne suis pas déçue : l'ambiance est fantastique, entre la fin du disco et le début de la funk.

Les danseurs sur la piste me fascinent. Aujourd'hui encore, je passe des heures à regarder des danseurs de tous styles.

Sur la piste, je suis particulièrement attirée par deux garçons (n'oubliez pas que j'ai presque dix-sept ans). Il y a un grand blond, habillé en Daniel Hechter — je ne l'ai appris que bien plus tard. Pour moi, ce jour-là, il était simplement très classe.

Le deuxième est un grand brun, exactement le genre de garçon que l'on retrouve dans les romans d'amour à l'eau de rose que je dévore depuis quelques années. Il correspond parfaitement au fantasme de jeune fille que je suis alors.

Pourtant, dès que mes yeux rencontrent ceux du beau blond, il se passe quelque chose. Je ne sais pas quoi, mais quelque chose change en moi.

Je dis à mes amies :
— Le blond, sur la piste, à côté du grand brun… Il est pour moi ! Vous, vous venez toutes les semaines, vous en trouverez d'autres.

Nous éclatons de rire, gloussant comme les midinettes que nous étions.

Je me suis approchée pour danser près d'eux. Enfin, quand je dis « danser », c'est plutôt me trémousser.

Au bout de quarante-cinq minutes, le grand brun vient me voir et me dit que son ami est très timide, qu'il n'ose pas venir me demander mon prénom. Je lui demande d'abord les leurs avant de donner le mien.

Le blond s'appelle Tony. Ce prénom lui va bien.

Il s'approche de moi et nous dansons. Enfin, lui danse très bien, tandis que moi, je me trémousse toujours. Nous passons l'heure suivante à danser en nous regardant. Discuter en boîte, c'est très compliqué avec la musique. Puis il me prend la main. Je le laisse faire. Je suis toute retournée.

J'ai déjà embrassé un garçon, mais là, je veux que ce soit parfait. J'ai peur de passer pour une gamine peu expérimentée… ce que je suis, en réalité.

Il est déjà l'heure de rentrer. Je dois quitter Tony. Je suis triste. Je ne suis pas sûre de le revoir. Les fêtes de fin d'année approchent et je ne pourrai pas revenir avant le début du mois de janvier, soit trois semaines plus tard.

Je lui explique la situation. Il m'embrasse et me dit qu'il sera là.

Je rentre sur un petit nuage tout au long du chemin qui me ramène à la maison.

...





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